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06 09 09

Hey now put your best dress on
I’m tired of fighting
Let’s take it out on the town,
do some old style dancing
We should just have a good time
We can stay out all night long
Hey now put your best dress on
Hey now put your best dress on

No price I wouldn’t pay
to always have you with me
Nothing that I could take
feels like the thrill you give me
I’ll show you such a good time
keep you up ‘til the darkest dawn
Hey now put your best dress on
Hey now put your best dress on

Hey now put your best dress on…

Best Dress,
Damien Jurado
03 09 09
Quand j’étais à Los Angeles, il y avait un morceau que j’entendais et qui était joué par un groupe local. Ce morceau s’appelait “Los Angeles”, les paroles et les images étaient si dures et amères que cette chanson ne m’a pas quitté pendant plusieurs jours. Ces images, je l’appris ensuite, étaient strictement personnelles; aucun de mes amis ne les partageait. Des images de gens que la vie dans la cité rendait fous. Des images de parents si affamés et frustrés qu’ils dévoraient leurs propres enfants. Des images de garçons et de filles de mon âge, dont les yeux quittaient l’asphalte pour être aveuglés par le soleil. Des images qui m’accompagnèrent même quand j’eus quitté L.A. Des images si violentes et perverses que pendant très longtemps elles me semblèrent être mon seul point de repère.Moins que zéro,
Bret Easton Ellis.
Splash,
Eric Zener

Splash,
Eric Zener

- Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ?
- Être immortel, et mourir.Dialogue in A bout de souffle,
Godard.
02 09 09
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Lettre percée

Mercredi 17 juin 2009.

Il fait chaud. Le ciel est voilé depuis deux semaines. Il ne pleut toujours pas.

Comment vas-tu ? Budapest est-il toujours aussi beau ? Est-ce que la Place des Héros est toujours aussi belle dans le couchant lorsque le ciel rouge embrase les dignes faces de ces guerriers ? Les choses ont changé ici, je ne vais pas bien je crois. Le sourire sans doute qui me donne cet affreux mal de tête ; tu crois que c’est drôle toi, les crampes aux joues et les cernes aux yeux ? J’te parle même pas du blanc des yeux devenus rouges, et des nuits sans sommeil que je passe à regarder le plafond.
Fred et Paul sont partis parce que « l’on part tous ». Et Elise te fait des bises. J’ai pour projet de fuir aussi, mais là je n’ai plus un sous en poche. Je l’ai trop bu, je l’ai trop fumé. Je crois que je me suis trop amusé pour partir, l’Exil est quelque chose d’extrêmement sérieux ; puisque sauvage.
Il ne reste que moi sur la place maintenant, ce n’est pas grave, je vois danser les étoiles le soir quand les insectes se taisent. As-tu des nouvelles de Lisa ? Elle n’a pas répondu à ma lettre, je m’inquiète. Je crois qu’elle ne veut plus entendre parler de moi. L’été arrive, et bientôt les études se terminent.
Je me sens un peu prisonnier de ces projets qui ne mèneront à rien. Je suis partit l’autre jour, en stop, avec rien en poche. J’ai fais des kilomètres tant qu’on me portait, puis au bout d’une centaine – un peu plus peut-être – je me suis assis sur un banc. La chance ne me souriait plus. Les gens étaient rentrés chez eux, et ils ne sortaient plus. Les nuits sont encore fraiches. Finalement, j’ai trouvé un gars pour me ramener à la case départ ou peu s’en faut : j’ai marché cinq bon kilomètres dans cette nuit de pleine lune.
Je me souviens des loups-garou et de la peur qu’ils m’inspiraient. Je me souviens de tant de choses, et tu n’es pas là. Ce n’est rien, paraît que tu reviens pour les vacances, une petite semaine, peut-être deux. C’est ta mère qui me l’a dit tout à l’heure à la boulangerie. J’y travaille, j’aide Eric pour la caisse : Jeanne est enceinte.
J’ai développé quelques photos de la place. Elles ne sont pas très réussies mais je te les envois quand même.
J’ai acheté un billet d’avion, pour l’Irlande en demandant une avance sur ma paye. Eric est sympa pour ce genre de truc. Puis il voit bien que je veux m’barrer alors il m’a demandé pour où c’était. Je lui ai répondu, « loin mais prêt ». Je crois qu’il voit que j’ai un peu la trouille. En attendant j’révise mon anglais. Je n’ai encore rien dit à ma mère. Comment faire ? Elle voit bien que je suis triste, et moi je ne veux pas la rendre triste. C’est pervers.
Mais je partirais, quand même.
J’entends l’heure qui tourne, et mes pensées sont accrochées à ce tic tac qui n’en finit plus. La campagne n’est plus aussi belle. Rien n’est plus aussi beau. Je ne suis plus un enfant, c’est définitif. Ce qui me rend triste, c’est que vous l’ayez réalisé bien avant moi, chacun sur vos routes.
Quand je ferme les yeux, fort, j’entends le bruit de l’avion qui décolle, c’est assourdissant ; puis je plane. La nuit quand je ne dors plus, je me réfugie dans l’arbre du jardin. Je regarde les étoiles. Et j’entends le temps qui passe sans rythme pour une fois. La pendule est mon épée de Damoclès, et ainsi j’étouffe.
Je regarde ma montre. Plus que quatre mois, le temps que j’économise. Je vais me perdre et me retrouver. Je veux le goût de la bière dans ma bouche, de ces Guinness dont tu m’as tant parlé. Je veux voir la rage noire d’un peuple dans sa boisson fétiche. Et je veux des danses et des pubs chaleureux. Je veux la lande. Je veux la fuite.

Avec tout mon amour ma petite Sophie,

A.

01 09 09
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